Ă€ contre-pente
Potton, Québec
2024
Topographie habitée : une dialectique du lieu
Implantée sur les rives méridionales du lac Memphrémagog, dans la région de Potton, cette résidence se confronte à un paysage de forte intensité géographique et atmosphérique. Le site, défini par une pente marquée s’abîmant dans une étroite bande littorale, est souvent plongé dans l’ombre portée des massifs environnants, générant une ambiance à la fois archaïque et contemplative. Le projet se développe dès lors comme une réponse à la nature dramatique du lieu, une tentative de cohabitation respectueuse avec l’expressivité du terrain.
L’approche architecturale s’inscrit dans une logique de retrait – non pas comme effacement, mais comme stratégie d’atténuation de la présence bâtie. Deux volumes, distincts mais corrélés, émergent du sol dans un dispositif fragmenté. Chacun se dote d’une toiture à double inclinaison (pente et contre-pente), une solution morphologique qui engage un dialogue subtil avec les lignes du relief, tout en fragmentant l’échelle du bâti. L’ensemble construit n’est pas posé, mais plutôt déposé, comme en suspension sur la topographie.
Le toit du volume principal devient un espace essentiel : une terrasse-belvédère, à la fois seuil, lieu de réception et point de fuite visuelle. Ce plan horizontal, rare dans un site gouverné par la déclivité, fait office d’articulation entre architecture et paysage, entre expérience du sol et projection vers le lointain. Il introduit une dimension presque rituelle dans l’acte d’habiter, où l’entrée dans l’architecture passe par une pause contemplative.
Le volume principal s’organise selon une logique longitudinale, épousant le replat naturel sans altération excessive du terrain. Ce positionnement topographique permet une insertion douce, presque furtive, qui valorise une forme de passivité constructive. Les espaces intérieurs, tournés vers le lac par de grandes baies vitrées, diluent la frontière entre dedans et dehors. Par leur extension en terrasses, les planchers deviennent médiateurs : ils orchestrent une porosité spatiale entre l’habité et le paysage, où les seuils s’estompent au profit d’une continuité perceptive.
La matérialité participe de cette écriture contextuelle. Le cèdre naturel, laissé à sa patine, s’accorde chromatiquement aux textures végétales et minérales du site. À l’intérieur, le chêne blanc réintroduit une dimension chaleureuse, presque domestique, contrastant avec la nature brute du dehors. Les éléments noirs – encadrements, percements, détails – s’inscrivent comme dispositifs de cadrage, prolongeant une pensée du paysage en tant qu’image et profondeur, selon une logique quasi picturale.
Ce projet peut être lu comme une méditation architecturale sur le paysage: ni pastiche, ni rupture, mais tension maîtrisée entre visibilité et retrait, entre affirmation architectonique et effacement. Il interroge la manière dont l’architecture peut s’inscrire dans un site non pas comme objet, mais comme mise en condition de l’expérience du lieu – une architecture en creux, qui révèle plus qu’elle ne s’impose.
- Superficie
- 4530 pi.ca.
- Équipe de conception
Marie-Claude Hamelin, architecte
Loukas Yiacouvakis, architecte
Karl Choquette, bachelier en architecture
Lisa Busmey, maîtrise en architecture- Équipe de réalisation
Entrepreneur
Construction Alain Pouliot Inc.Ingénieure
GénieX- Crédits photos
- Maxime Brouillet